Mon objectif est d'explorer l'inconnu d'une vie nouvelle, grâce, entre autres, à l'écriture. Le ton restera le même; souvent impertinent, parfois cynique mais toujours en tentant de garder ce qui nous permet encore de vivre dans ce drôle de monde, l'humour, dans tous ses états.
Le 13 novembre 2015, 132 morts, 413 blessés hospitalisés, dont 99 en situation d'urgence absolue. Mais au delà de ce décompte macabre, combien de vies brisées de parents, d'amis, de potes ; à jamais.
Traumatisme récurrent car même à distance, pour celles et ceux qui n'ont pas été touchés directement, la violence de ces actes laisse des stigmates profonds.
La proximité spatiale et temporelle des attentats reste ancrée en moi, d'année en année. Le temps ne fait rien à l'affaire, n'éteint pas l'émotion, reste toujours présente.
Difficile de trouver les mots. Les évocations serrent la gorge, mouillent les yeux.
J'ai pris le temps avant de t'écrire, je ne savais pas comment m'y prendre, je ne savais pas trouver les mots. Je savais que je t'écrirais mais je n'étais pas prêt. Le calme et le silence d'après les agapes m'ont maintenant permis de m'y mettre.
J'ai appris ton départ il y a peu, au moment de préparer les réjouissances de fin d'année, quand on commande le Pouilly, divin breuvage que nous aimions déguster ensemble les années passées, lors d'un apéro rigolard.
Je me suis d'abord dit " Tiens, il ne m'a toujours pas répondu " après la sollicitation traditionnelle de novembre. Mais je me suis dit aussi que tu avais plein de choses à faire, toi qui étais toujours occupé. Alors, j'ai fait comme tous les ans, j'ai remis un petit mot.
Au bout de quelques jours supplémentaires sans que tu m'aies donné de tes nouvelles, je me suis inquiété, je me suis demandé ce qui avait bien pu arriver. Et puis j'avoue que j'ai pensé à cette garce de camarde.
J'ai finalement appris que tu nous avais quitté en juillet...
Quelle tristesse. Il nous restait encore de bons moments à passer, rares mais tellement joyeux, tellement gourmands, tant dans les échanges d'idées que dans le partage des délices du palais.
Certes, on ne se voyait pas souvent, mais j'ai souvenir de rencontres toujours joyeuses, pleines de sourires et de rires, voire de franches rigolades. Quand nous nous retrouvions une fois l'an, la conversation reprenait comme si nous nous étions quittés la veille.
Je garde de toi le sourire, même lors des moments professionnels, et la bonne humeur. Je garde de toi ces longues discussions, toujours riches. Tu es vraiment parti trop vite, mon poto. T'avoir connu m'est une belle chose.
Je pense que dimanche 7 juillet après 20 h, un certain nombre de Français, dont votre serviteur, se sentiront à peu de chose près dans cette position très inconfortable avec la crainte infinie de tomber
Où êtes-vous, passereaux de mon enfance ? Si souvent regardés depuis une fenêtre de la maison, sans bouger pour ne pas vous faire fuir. Si souvent admirés pour vos couleurs. Bouvreuils, chardonnerets, verdiers, qu'êtes-vous devenus ? Pinsons, sittelles, gros becs, où êtes-vous partis ?
Chants cachés par les feuilles de charmilles, envol soudain à l'approche d'un thuya, parades amoureuses du printemps, chamailleries pour quelques graines. Spectacle sonore et visuel au temps où l'image cathodique laissait encore le temps d'écouter, de regarder la nature dans sa splendeur.
A trop nous sentir maître de tout, à trop être arrogants envers cette terre, nous les hommes n'avons pas su vous préserver. Certes, la mésange, le rouge-gorge, le moineaux viennent encore égayer nos jardins, mais vous-autres qui n'êtes plus là manquez terriblement.
Que l'enseignant(e) soit chiant(e), peu pédagogue, voire même un peu con(ne) dans le pire des cas, rien, je dis bien rien... ne justifie qu'on l'assassine.
Je suis peut-être naïf, voire idéaliste, quand je considère qu'un humain qui décide de devenir enseignant le fait pour aider nos enfants à grandir, à devenir des adultes sains et responsables. Je suis peut-être dans l'utopie, mais comment ne pas l'être quand on fait le choix d'enseigner ?
Je suis terrifié par ce qu'osent faire certains élèves aujourd'hui et je refuse de considérer que le malheur de ceux-ci, s'il existe, légitime le passage à l'acte. Que faire pour que cela n'advienne plus, n'advienne pas.
Partis comme on est depuis les annonces du premier sinistre du 10 décembre, le réveillon de ce soir ce sera seul, avec un verre de Perrier éventé après un petit plaisir solitaire.
Ainsi, on gardera un bon souvenir de la saint Sylvestre 2020 en évoquant une super soirée et dès le 1er janvier 2021 on pourra dire :
"Rien de tel qu'une coupe de Champ' après l'amour... quel réveillon !"
Il neige
des tout petits flocons
ou des gros édredons.
Il neige
en diagonale
ou à l'horizontale.
Il neige,
sur les branches en lacis
l'étourneau est transi.
Il neige
nous sommes bien au chaud
là, derrière nos carreaux.
Il neige
et le ciel est bien gris
gelant le sans abri.
Il neige
il se couche, s'endort
recroqueville son corps.
Il neige
la fine couche monte
et le couvre sans honte.
Il neige
je pense à lui, tellement seul
avec le trottoir pour linceul.
Il neige
la mort rôde, le regarde
sans qu'on y prenne garde.
Il neige
la Camarde le prend
sans déranger les gens.
Il neige...