LAIT COL DES ESPOIRS
Publié le 11 Novembre 2012
Chère Education Nationale
Juste un petit mot pour que les choses soient dites.
Je ne sais pas ce qui t'a pris ces cinq dernières années.
Je fais le constat aujourd'hui, comme mes collègues d'ailleurs,
que tu as beaucoup changé.
J'avais entrevu celà il y a longtemps déjà, lorsque certains de tes sbires
parlaient de rentabilité, au sens économique s'entend.
A ce prétexte fallacieux, tu as engagé il y a cinq une cure d'amaigrissement.
Mais enfin, pourquoi celà ?
J'aimais bien tes rondeurs, tes petits plus, qui permettaient de traiter les élèves
comme il se doit.
Aujourd'hui, certes, tu as réussi, tu as perdu 80 000 postes,
mais les conséquences sont catastrophiques.
Enfants en grande difficulté plus ou moins laissés pour compte.
Solutions "emplâtre sur jambe de bois".
Extrême fatigue des collègues.
Image complétement abîmée, aux yeux des parents, de l'Ecole Publique.
Désintérêt inimaginable des jeunes pour le métier d'enseignant.
Chère Education Nationale, je crois qu'au fond de toi, il y a encore
ce souffle altruiste de construire les hommes et les femmes de demain.
Tu sembles en donner le gage depuis ce printemps.
Seulement, voilà, même si nous avons été nombreux à faire en sorte
que renaisse un système où l'enfant est un humain
avant que d'être un objet économique,
même si tu souhaites, par les mots, restaurer cette image de l'école,
dégradée à l'extrême au cours des cinq dernières années,
même si tu dis haut et fort la considération que tu portes à tes enseignants,
même si tu promets de reprendre quelques rondeurs pour qu'enseigner
soit à nouveau plus serein, le mal est fait.
Cette cure d'amaigrissement cachait, j'en suis sur, beaucoup plus qu'une coquetterie économique.
Je voyais bien que si nous n'étions pas intervenus,
tu serais morte, ou quasi, laissant aux entreprises privées l'éducation de nos enfants.
Je vais bientôt revenir dans ton sein, pour continuer à faire mon métier,
tant bien que mal.
Je vais comme on dit aujourd'hui "gérer la crise"
Il faut toutefois que tu saches que si je fais cela,
la motivation n'y est plus.
Je te souhaite pour autant un prompt rétablissement, souhaitant que s'éfface les stigmates
de cette stupide et dangeureuse période que tu as passée.