BON SANG !

Publié le 16 Octobre 2010

Combattre le moment de blues d'après manif, tel était l'objectif difficile que je m'étais assigné pour cette soirée où, une fois de plus, je regagnai la maison vide. Quelques restes traînaient dans un réfrigérateur nettement moins sollicité qu'auparavant. Envie de rien... cuisine automatique puisque je m'étais résigné à vivre, faute d'avoir eu le courage d'en finir pour de bon. Motivation inversement proportionelle à ma charge pondérale qui en avait pris un sérieux coup ces derniers mois pour cause de bibines et apéros irraisonables. Bref, la lumière du jour m'était blafarde, la fatigue de la marche m'assaillait, au point de me faire tirer la patte plus que de raison. Pas envie d'apéro ce soir là, trop vanné, trop pas bien. Le regard vague scrutant les différents rayons plus ou moins garnis à la recherche d'un improbable coupe-faim, je tombai en arrêt devant un sachet, acquis quelques jours avant, dont le souvenir s'était dissous dans les mille préoccupations du moment.. Le coupe-faim attendu était là ! Il allait même s'avérer être plus qu'une nourriture terrestre. Je le déballai, sortis un petit récipient de verre dans lequel je l'installai, le garnissant de surcroît de quelques morceaux de pommes reinette du jardin. J'enfournai le tout et m'attablai pour attendre en reposant mes jambes. Le temps d'avaler un reste de salade de la veille, la chose était cuite, dégageant un parfum discrètement agréable. Saisissant le creuset brûlant, je sentai doucement remonter un moral défayant. J'avais sous les yeux la beauté simple du met sans artifice, bullant d'une graisse discrète, sous l'effet de la chaleur intense, par les quelques trous percés à la surface. Les pommes étaient dorées, souples, simples elles aussi. Maintenant dans l'assiette. J'attaquai du couteau, découpant un morceau fumant de vapeur odorante. Patienter un instant, pour ne pas se brûler, me laissa le plaisir de la contemplation. Ce fut enfin le temps de porter à la bouche le précieux morceau. Il était souple, cuit à point, moelleux à souhait, goûtu en diable, avec des saveurs distinctes, très finement dosées. La douceur de la pomme accompagna le tout. Ni poivré en excès, ni trop salé non plus, l'oignon bien découpé, la sariette aussi donnaient à l'aliment ce goût de reviens-y  que savent mettre en oeuvre les très bons cuisiniers. Tudieu qu'il était bon ce morceau de boudin qu'un artisan-boucher avait confectionné avec amour je pense, tant je fût régalé. Un peu de sang caillé pour se sentir revivre, j'avais atteint le but que je m'étais fixé...

Rédigé par plaisir-de-mots.over-blog.fr

Publié dans #Newelles

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