JACQUES... C'EST L'AIR !
Publié le 10 Novembre 2018

Très attaché à la précision du sens des mots et des phrases, je reconnais être parfois un peu pénible. Cependant, quand la gente politique utilise un mot pour un autre, tout cela pour user de façon éhontée de la langue de bois, je suis non seulement très agacé mais surtout inquiet sur la pensée de ceux qui sont aux manettes.
Entendu hier aux informations du matin à la radio : "... accélérer la trajectoire... " !?!?!
Madame Bénédicte Peyrol, députée de la 3ème circonscription de l'Allier, vous êtes juriste de formation. Il me semble que le juridique est particulièrement exigeant sur la sémantique lexicale. C'est précisément ce qui permet aux avocats de plaider, dans un discours ciselé et adapté aux circonstances. Or c'est vous qui hier avez utilisé cette expression qui m'a choqué au point que j'en ai oublié le sujet.
Alors, je vais une fois de plus jouer les casse-pieds.
Accélérer : "Rendre plus rapide un mouvement ou un développement en cours" (selon le CNRTL). Pour faire plus court, accélérer, c'est augmenter la vitesse d'un objet (réel ou virtuel) en déplacement.
Trajectoire : que ce soit en physique, en astronomie ou en cosmographie, le trajectoire est une courbe, une ligne, un trajet (toujours selon le CNRTL) En conséquence, la trajectoire est une chose possiblement représentable sur papier.
Alors, je suis en mesure de tracer cette courbe, cette ligne, ce trajet, mais l'accélérer ??? Je peux tracer plus loin ma courbe, ma ligne, mon trajet, je peux les allonger. Je peux accélérer l'exécution de ce tracé mais "accélérer la trajectoire", cela ne veut strictement rien dire, n'a aucune signification directe, car cela n'est même pas une métaphore, même si nous pouvons comprendre, car nous, auditeurs, ne sommes pas stupides, ce que veut signifier la députée.
Cependant, utilisant une langue de bois asémantique pour défendre des idées et des choix politiques, ça donne à réfléchir sur le fond. Si ce dernier est aussi creux ou mal construit que la forme, alors nous sommes bien mal partis...