LAIT COLLE HAIE TUNE GRAND DEUX FA MIE
Publié le 27 Avril 2016
Parfois, on pense avoir tout ouï de la part de nos élèves. Et bien non, les chères têtes blondes, ou brunes car en l'occurrence, ce fût le cas, n'en finissent pas de nous étonner.
Ce matin, alors que j'achevais une session de co-enseignement, c'est comme ça que ça s'appelle, dans la classe de CP d'une collègue, j'ai failli tomber de ma chaise.
Il n'est pas rare qu'un élève m'appelle maîtresse, moins parce que ma svelte silhouette évoque la féminité que parce que ledit élève est habitué à harceler au quotidien ma collègue de sexe féminin en lui servant le bêlement habituel de "maîtreeeesse... " pour la questionner sur la proximité de la récré, l'arrivée annoncée des mamans, la perte d'un crayon de papier, le vol de la gomme, ou l'inverse, le bienfondé de l'insulte que vient de lui prodiguer son voisin, la possibilité d'aller vider sa vessie, celle d'aller récupérer son goûter oublié en classe, la nième réitération de la consigne pourtant déjà donnée sept fois etc etc
Maîtresse... !?! Bon, mon calme légendaire m'interdisant de monter immédiatement dans les tours, j'accepte le lapsus avec le sourire, en précisant toutefois, et sans illustration, que je suis un homme et que "maître" me sied mieux.
Il y a aussi les fois où je me retrouve qualifié de papa ! Là... rien à voir avec ma collègue car sa féminité n'incite qu'assez peu à la qualifier de papa, sauf à être un élève amblyope, ce qui est assez rare et c'est tant mieux. Donc... papa ! Je ne vois qu'une explication, ma stature de grand cerf protecteur ! Là aussi, je remets les choses en place, en tout bien tout honneur bien sur. Je stipule au bambin que je n'ai pas été présenté à sa maman neuf mois avant qu'il fût ; qu'en aucun cas je ne me suis vautré avec sa génitrice dans la soue, à côté d'un quelconque troupeau de cochons que nous aurions potentiellement pu garder ensemble.
J'ai aussi eu droit, et c'est récurrent, à Père Noël, mais là, l'explication est facile, rapide... Le cheveux blanc, la barbe immaculée, sauf éventuellement après le cassoulet ou le boeuf mironton arrosé d'un st Joseph, et le gabarit replet font de moi, en dehors de toute couleur vestimentaire écarlate, un Père Noël potentiel. On me le sert régulièrement, même sans la neige, même sans le traineau, même sans les rennes. Certains turlupins osent même me servir la chose en période de canicule. Comme dans les deux cas précédents, j'interviens également pour détromper l'élève. Bienveillant mais ferme, je lui en colle une en lui expliquant que ce n'est pas parce que l'école est laïque qu'il faut mettre la symbolique païenne à toutes les sauces et qu'il peut se brosser pour recevoir quelque cadeau que ce soit de ma part.
Mais ce matin, ce que ce petit garçon m'a dit... de ma carrière d'enseignant, je ne l'avais entendu. Le travail consistait en l'élaboration orale, puis en l'encodage d'une phrase pour relater une visite culturelle faite récemment. Mon rôle consistait à porte aide aux plus démunis devant la tâche difficile, on ne le dira jamais assez, de produire un écrit. A. et moi avions travaillé un moment ensemble, avions convenu de la façon d'écrire ce qu'il souhaitait écrire, aviosn fait chanter les sons, comme il convient de le faire en pareil cas, trouvé les lettres et les combinaisons ad hoc et enfin A. avait pu s'acquitter de la tâche, heureux. Il était donc reparti à sa place afin de recopier au propre l'essai fait sur ardoise.
Comme de nombreux autres élèves, la chose faite, il est venu avec fierté me montrer son travail, afin de recevoir la congratulation de mise dans ce cas là. A mon grand étonnement, un mot de plus avait surgi dans la phrase, et non des moindres... le mot "magnifique", correctement orthographié. Peu importait la façon dont ce qualificatif était arrivé là, je me devais de féliciter A. et décidai dans l'instant d'utiliser le même mot en lâchant : "Aahhh c'est bien, ton travail est... magnifique !"
Rouge de plaisir, surpris par tant de compliment, un large sourire liant l'oreille droite à la gauche, il me gratifia d'un "Merci oncle Patrick !!!! "
Comme je vous le dis : les chères têtes blondes... ou brunes, n'en finissent pas de nous étonner.
Merci à A. qui a inspiré ce post.
Spéciale dédicace à Annabelle avec qui il fait bon travailler et... papoter !