SAR à BANDES
Publié le 28 Décembre 2014
Asseyez-vous. Imaginez. Douze personnes, emmitouflées, mitaines aux mains, bonnet vissé sur la tête. Pas de pluie, pas de neige,mais l'air qui passe en courants froids et véhicule une humidité qui perce le vêtement. C'est bien l'hiver. Le décor est blafard, néons réfléchis sur les petites faïences rectangulaires blanches. Sol gris sale, maculé de l'irrespect du voyageur qui jette papier gras et autre ticket de transport. La voûte réfléchit le brouhaha, rames entendues au loin, pas de l'homme pressé, de la femme en retard qui à ce petit groupe ne porte aucun regard. Devant cette assemblée, la foule protéiforme évolue à mesure du flux des passants. Certains filent à toute allure, d'autres se faufilent, tentant d'éviter ceux qu'ils croisent, d'autres encore restent debout, immobiles, pris par ce qui se passe ; j'en suis. L'événement est là, devant nos yeux. Au sein de la petite formation, les pages se tournent, les corps se meuvent, ajustant ça et là l'instrument, positionnant le lutrin pour éviter sa chute. L'archer se pose sur les cordes et soudain, le temps s'efface, le lieu se restreint à l'espace intérieur. Haendel, La Sarabande. Les notes s'envolent, lentes, graves, majestueuses. Le couloir terne du métro s'illumine au point de disparaître de la vue. Malgré le bruit ambiant, la musique, servie par l'architecture, est omniprésente. Elle pénètre les corps, les esprits. Fi de tous les fâcheux qui passent en bougonnant. Le temps est suspendu, l'instant touche au sublime. Merci encore à vous, musiciens et métro, improbable orchestre de chambre, de m'avoir fait vivre cela.