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  • : Mon objectif est d'explorer l'inconnu d'une vie nouvelle, grâce, entre autres, à l'écriture. Le ton restera le même; souvent impertinent, parfois cynique mais toujours en tentant de garder ce qui nous permet encore de vivre dans ce drôle de monde, l'humour, dans tous ses états.
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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 14:35

Fritz réajusta sa gabardine. Il s'y sentait un tantinet boudiné. Il n'avait pourtant mangé que du foie gras... certes, huit cents grammes, mais tout de même ! Pour l'en cas de 14h, après le hochepot de midi, ça ne lui semblait pas excessif pour patienter jusquau goûter. Le stress du moment l'incitait à picorer plus que de coutume. Du coup répondant volontiers aux diverses sollicitations épicuriennes, il avait notablement augmenté sa surcharge pondérale répondant scrupuleusement à chaque invitation. Ce faisant, il était rapidement passé du statut de morse à celui de baleine. Le plus gras des sumos faisait figure de Sylphide à côté de lui.
Ainsi, il s'était trouvé particulièrement ankylosé au moment de quitter la table pour rejoindre le vestiaire où l'attendait la pélerine couleur cétacé qui maintenant le suppliciait. Il mit un peu de temps à réaluster son trilby, gêné par les manches du manteau qui l'empêchaient de lever correctement les bras. La sueur perlait entre les sillons adipeux de son front. Il avait bien conscience que ses abus étaient néfastes à la carrière de privé. Comment, en effet, débusquer l'adultère quand, au moment d'une filature effreinée, une respiration quasi ashmatique vous cloue sur place tel la chouette à la porte de grange. Fritz s'en voulait. Cependant, s'il était pugnace lorsqu'il s'agissait de son métier, il était incapable de volonté dès que Curnonsky lui titillait papilles et neurones.
Quinze heures sonnérent au clocher. Il devait rendre son rapport le lendemain. Il ne lui restait donc que peu de temps pour découvrir le pot aux roses dans cette affaire qui, il le préssentait, risquait ou de lui rapporter très gros, ou de le conduire à sa perte. Autant les dossiers précédents ne l'avaient pas perturbé le moins du monde, autant celui-ci le troublait. Cette enquêter sur les pratiques d'un grand chef l'avait conduit aux meilleures tables du coin. Habitué à écouter derrière les portes, il devait aujourd'hui écouter derrière les assiettes, scruter l'agencement des meilleurs mets, épier les moindres faits et gestes des serveurs, lire dans les yeux du sommelier et déceler, à travers des dégustations pantagrueliques, le savoir-faire du chef... LE chef, dont la recette du velouté de porc était tenu secrète ! Rude épreuve, qui fusionnait à la folie son métier et son addiction. Sur le chemin de son bureau, il se résolut à ne pas s'asseoir au salon de thé et se contenta d'emporter quelques douceurs pour le goûter. Deux éclairs, un chou et un mille-feuille conviendraient parfaitement pour faire passer le reste de Paris-Brest de la veille et la démotivation profonde de se remettre au travail.
Une fois débarassé à grand peine de sa pélerine, il s'assit devant l'ordinateur. L'air était saturé, les gouttes lui coulaient de plus belle au dessus des sourcils. L'écran s'éclaira, nimbant son visage congétionné d'un halo bleuté, lui conférant une couleur étrange, entre la pourpre cardinalis et la lividité mortuaire. Il était violacé.
Dix sept heures, déjà ! Fritz savait que le challenge serait tendu mais possible. Il avait pris la précaution de tout sauvegarder sur la clé USB et d'effacer le disque dur de l'ordinateur afin déviter toute fuite. Tout. Tout tenait sur cette clé minuscule, les rapports, les images, les quelques vidéo, les propos enregistré à la sauvette dans la salle du restaurant. Il ne lui restait que la nuit pour mettre au propre out son travail. Il avait l'habitude de travailler à flux tendu et comme à l'accoutumée, il avait attendu la dernière minute ; il ne travaillait jamais si bien que dans l'urgence.
Après avoir entamé la première cueilléré de Paris Brest, il saisit la clé USB enfouie dans le fond de la poche. A cet instant précis, une perle salée lui glissa dans l'oeil droit. La saturation du liquide le brûla, l'empêchant d'aboutir le geste de connexion de la clé à l'ordinateur.
Il se leva et gagna la salle de bain pour passer un filet d'eau fraîche sur son oeil. Dans la précipitation, il garda la clé à la main. Lorsqu'il s'en rendit compte, déjà arrivé au lavabo, il ne voulut pas faire demi tour. Il posa délicatement l'objet sur l'émail blanc, faisant attention de le tenir éloigné du robinet. Il saisit un gant, permit à l'eau de couler, humecta son oeil et dans la foulée, profita pour se rafraichir le visage. Cela lui fit grand bien. Il attrapa une serviette qui frola la clé.
Une fois le visage séché, ses yeux croisèrent ses yeux, ceux du reflet dans la glace au dessus du lavabo, il comprit ! Il regardait maintenant fixement ce que lui renvoyait la surface argentée du miroir, l'eau sale de la baignoire qu'il n'avait pas vidée la veille. Il venait de trouver la solution...

 

trilby.jpg

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commentaires

A
<br /> Nous avions les histoires de l'Oncle "Paul" voici celles de l'oncle "Patrick"<br /> <br /> alain<br /> <br /> <br />
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