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28 janvier 2021 4 28 /01 /janvier /2021 10:29

Mesdames, messieurs les policiers du commissariat d'Aubervilliers.

Je comprends bien que la mutation d'une() collègue, qu'un départ en retraite... puissent être fêtés. Moment de convivialité dont nous avons toutes et tous besoin. Moment de partage et de plaisir que nous avons toutes et tous vécu un jour.

Je comprends bien que la situation que nous vivons actuellement soit plus que pesante, tant elle affecte le quotidien de nos relations sociales professionnelles, amicales, familiales. Nous avons toutes et tous, ou presque, un besoin irrépressible du contact humain, de contacts humains.

Je comprends bien, pour l'avoir moi aussi vécu, quand je travaillais encore, au printemps 2020, que le travail en période de pandémie est plus compliqué, plus difficile, plus pesant à de nombreux points de vue. Toutes et tous, au travail, en études, en retraite, nous soufrons des conditions de vie que le virus nous impose.

Je comprends bien qu'il est pénible, parfois agaçant, souvent irritant, d'être contraint dans nos libertés par un gouvernement qui tente de préserver la santé et en même temps l'économie, avec tous les ordres et les contre-ordres qui nous exaspèrent, avec ce que cela a de contradictoire et de stressant.

Mais voilà, nous savons qu'il est raisonnable, au sens fort du terme, de nous protéger et ce faisant de protéger nos proches, notre famille, nos amis, nos copains, nos collègues, nos voisins... Certes, la chose est pour le moins contraignante, mais c'est une partie du prix à payer pour ne pas tomber malade, voire mourir.

Comme vous, mesdames et messieurs les policier(e)s du commissariat d'Aubervilliers, j'ai vécu ce moment pour lequel j'aurais aimé avoir autour de moi celles et ceux qui ont partagé peu ou prou ma vie professionnelle. Pas le moment d'une mutation, non, mais celui du départ ultime, celui de la retraite.

Comme vous, mesdames et messieurs les policier(e)s du commissariat d'Aubervilliers, après avoir été confiné, en télétravail, j'avais hâte de revoir mes collègues, mais aussi, puisque j'étais enseignant, les enfants des écoles, leurs parents, les partenaires communaux, médicaux, sociaux, associatifs... en bref, nos partenaires.

Comme vous, mesdames et messieurs les policier(e)s du commissariat d'Aubervilliers, j'avais envisagé ce moment convivial où, autour d'un verre et de quelques canapés, j'aurais vu défiler mes souvenirs, j'aurais entendu la relation des moments bons et mauvais, les anecdotes, les peines et les joies.

Mais voilà, étant de ces personnes qu'on dit à risque, j'ai mis de côté tout cela. Pour tout pot de départ, je n'ai eu que la brève occasion, lors du premier déconfinement, d'aller boire un verre, un soir de juillet, rapidement, avec deux collègues appréciées. Deux collègues... pas plus.

Je ne m'érige pas en modèle. J'essaie juste d'avoir un peu de bon sens. Ayant quitté l'école en mars pour ne plus y remettre les pieds en cette fin d'année scolaire 2019 - 2020, cela pour raison médicale, je trouvais insensé de revoir d'un coup beaucoup de monde, cela juste pour fêter un évènement, cohérence oblige.

J'avais envisagé alors de laisser passer le temps des vacances, espérant que cette saleté de virus nous aurait laissé tranquille en septembre. Il me restait une journée à travailler, le 31 aout. Je m'étais dit que je pourrais alors dire à toutes et tous le moment de nous retrouver pour fêter mon départ.

Et puis septembre est arrivé, avec encore et toujours ce virus dans nos pattes, ou plutôt dans nos poumons, avec encore et toujours le masque sur le nez, le gel sur les mains et les gestes barrières à respecter, les rassemblements à éviter.

La pandémie perdurait, mettant un terme définitif à l'idée d'organiser un pot de départ. La retraite, c'est dans l'immédiat qu'on la fête. C'est au dernier jour d'une vie professionnelle, ou un peu avant, ou un peu après. Mais plusieurs mois après... ça sent le réchauffé, le goût n'y est plus.

Fataliste de nature, j'ai accepté la chose. Cela n'a pas été de gaité de cœur. J'ai accepté de n'avoir pu revoir mes collègues que le temps d'une dernière journée où les unes et les autres avaient mieux à faire que la fête. Il fallait organiser la rentrée dans les conditions que vous connaissez.

J'ai accepté, le cœur serré, de ne pas pouvoir revoir les élèves avec lesquels j'avais travaillé des années durant. De ne pas discuter de leur évolution avec leurs parents ; parents avec qui j'avais souvent lié des liens de confiance, voire de sympathie.

Je suis donc entré dans ma retraite avec le cœur léger de ne plus avoir à me lever au quotidien pour aller au travail, mais aussi avec une certaine tristesse de n'avoir pu marquer ce moment de vie. Sensation de partir en douce, sans pouvoir dire au revoir.

Alors, mesdames et messieurs les policier(e)s du commissariat d'Aubervilliers, après avoir vu des centaines de personnes faire une rave partie en Bretagne, j'ai éprouvé de la colère contre ces gens que j'estime stupides et irresponsables.

Alors, mesdames et messieurs les policier(e)s du commissariat d'Aubervilliers, après avoir entendu qu'une fête avait été organisée par des élèves de l'école de police de Nîmes à la veille du second confinement, je me suis demandé avec une grande circonspection ce que ces étudiants avaient dans la tête.

Alors, mesdames et messieurs les policier(e)s du commissariat d'Aubervilliers, après avoir entendu que vous, dans votre commissariat, avez transgressé les règles sanitaires les plus élémentaires en fêtant la mutation d'une des vôtres, gradée de surplus, j'ai été atterré par tant de stupidité.

Mesdames et messieurs les policier(e)s du commissariat d'Aubervilliers, vous êtes des irresponsables. Qui plus est, vous avez agi dans le dos de votre commissaire, vous n'avez même pas le courage de vos actes. Ce que vous avez fait est minable, écœurant, indigne. Quelle inconscience.

Mesdames et messieurs les policier(e)s du commissariat d'Aubervilliers, ne venez pas vous plaindre, vous qui devriez être un exemple pour la population, pour les plus jeunes d'entre nous, d'être conspué(e), insulté(e)s, vomi(e)s par une partie de la population, car en agissant comme vous l'avez fait, vous l'aurez bien cherché.

 

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