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  • : Mon objectif est d'explorer l'inconnu d'une vie nouvelle, grâce, entre autres, à l'écriture. Le ton restera le même; souvent impertinent, parfois cynique mais toujours en tentant de garder ce qui nous permet encore de vivre dans ce drôle de monde, l'humour, dans tous ses états.
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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 18:41

Lunéville, petite ville de Lorraine où j'ai vu le jour.
Lunéville et le château, Lunéville et les Bosquets. En vrai, Les Petits Bosquets, mais enfants, nous disions simplement Les Bosquets, immense parc fleuri à la française, attenant au château.


Qu'est ce que j'ai pu y user mes chaussures, m'y écorcher les genoux.


Les Bosquets, mon terrain de jeu favori quand j'étais môme, hiver comme été. Les Bosquets se trouvaient à moins de cinq minutes de la maison. "Maman, je vais jouer aux Bosquets" phrase rituelle prononcée le weekend ou durant les vacances. J'avais atteint l'âge où l'enfant peut s'émanciper de la surveillance maternelle. J'allais donc seul, ou avec les copains, dans ce lieu magique. D'ailleurs, je crois me souvenir que cela est advenu à partir du moment où je me suis quotidiennement rendu à l'école primaire sans être accompagné d'un adulte.

Il y avait deux trajets possibles, la rue ou la grande allée rectiligne qui lui était parallèle, dans le parc, sous les marronniers. L'automne, au moment de la rentrée, il était temps de ramasser les marrons, dont je bourrais mes poches. Marrons frais et luisants, sortant tout juste de leur bogue, destinés à la fabrication de petits animaux à pattes en allumettes, ou simplement rejoignant un sac qui finalement finissait par être vidé, faute d'une véritable utilisation ludique.

L'allée longeait d'abord les serres municipales, laissant apparaitre les milliers de boutures, de pousses, de plants destinés à fleurir les plates bandes qui, l'été venu, raviraient les touristes. Des hommes en grand tablier bleu de jardinier y circulaient, poussant des brouettes, ratissant les planches de terre fraichement semées. Déjà à cette époque, j'aimais la nature, ce qu'elle offre et les magiciens qui l'aident.


Il y avait ensuite, entre l'allée et l'arrière des maisons, une sorte de no man's land ou poussaient en pagaille, dès les beaux jours, les carottes sauvages, le chiendent, les boutons d'or et autres fleurs de prairie. Et les orties, auxquels je piquais mes mollets, lors de la confection des bouquets que je rapportais souvent à la maison. Souvenir déformé de gosse ou réalité; les arbres étaient immenses.

Il fallait dix minutes pour faire le trajet, pas plus. Dix minutes dans la nature, en partie domptée, en partie sauvage, un régal.


A la fin de ma scolarité élémentaire, j'ai vu construire, au delà des serres, un espace destiné à l'apprentissage de la sécurité routière. Mini circuit, mini routes goudronnées, mini croisements, pour éprouver sans risque la circulation à bicyclette lors de séances où nous sortions de classe pour aller jusque là, apprendre sous le regard des gendarmes. Voué à la pédagogie, le site était ouvert à tous, ce qui en faisait un espace de jeu formidable où nous venions parfois à vélo en dehors des heures de classe.

Les Bosquets, c'était aussi le lieu de la mémoire, l'automne venu, avec le 11 novembre où nous allions, avec la classe, nous geler les cuisses pendant la cérémonie d'hommage aux hommes tombés pour la patrie. Sonnerie aux morts, froid glacial, Marseillaise, dépôt de gerbe, porte-drapeaux, discours... au monument aux morts.

Ce dernier n'avait d'importance qu'à cette date précise. Sinon, il était le point de départ d'un court chemin qui menait jusqu'à l'une des entrées du parc. Chemin pentu qui faisait merveille lorsqu'il était enneigé, terrain de jeu des gosses du coin. Lorsque la neige tombait, à cette époque, elle savait tenir quinze jours, voire trois semaines parfois.

Elle était haute, propre à accueillir les petits lugeurs. Alors nous partions, entre copains, dévaler le fameux chemin. Plus grands, quand celui-ci avait fini par nous sembler juste bon pour les petits, nous marchions jusqu'au milieu des Bosquets, vers les pentes qui naissaient, plus loin, au bord des jardins, pour s'arrêter au canal.

Là, il n'y avait pas le choix. Trajet plus long, pan bien incliné. La glisse se faisait plus rapide, plus risquée. Il fallait savoir freiner à temps ou laisser la luge partir seule sur la glace du canal, car il faisait assez froid pour que l'eau gèle. Les rares fois où cela arrivait, avec la vitesse, délestée de sa charge, la luge traversait, jusqu'à la berge d'en face. Vingt bonnes minutes étaient nécessaires pour aller la récupérer de l'autre côté en passant sur la passerelle qui était loin, du moins nous le paraissait-elle.


Et puis, évoquer les Bosquets sans parler de la cascade serait un oubli impardonnable, tant ce lieu, kitch en diable, a été l'un des lieux où j'ai souvent joué. La cascade n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était dans les années de ma jeunesse. Aujourd'hui, est ce l'âge que j'ai, la nostalgie du temps passé, ou les transformations effectives, les mises aux normes, la sécurisation... je trouve l'endroit bien trop aseptisé !

La cascade de mes dix ans, c'était cet assemblage datant de la fin du 19 siècle, d'un ensemble artificiel de rochers d'où coule une eau qui part mollement jusqu'au canal. A l'époque, en culotte courte, comme on disait, avec parfois, quand il faisait chaud, les pieds dans l'eau, j'allais là-bas, avec les copains pêcher l'épinoche. A la main, ou plus précisément au mouchoir, à l'endroit où le maigre coulant descendait de la cascade pour rejoindre, en passant sous le petit pont, le canal.


Il y avait les jours de pêches, et les jours d'escalade, puisqu'à l'époque, nous pouvions grimper sur les rochers, Everest des loupiots. Celui qui réussissait à gravir les rochers gagnait l'estime des copains, le premier arrivé en haut méritait leur admiration. Si de surcroit, ce dernier réussissait à franchir le courant d'eau, il accédait au rang de héros.

Mais la cascade ce n'était pas seulement le lieu d'un alpinisme de marmot ; elle avait été édifiée de telle façon qu'il était non seulement possible de grimper dessus, mais aussi de passer sous les rochers pour regarder le canal à travers le petit filet d'eau qui tombait en gouttes éparses. Cascade et grotte. Bien petite, mais grotte tout de même. Alpinisme et spéléologie miniature, de quoi laisser aux enfants qui y venait le loisir d'endosser un temps, l'habit de grand aventurier. J'ai ouï dire que la grotte a aussi abrité les premiers baisers amoureux d'adolescents timides. Je n'ai pas connu ce plaisir.


Les Bosquets, c'était tout cela. Souvenirs d'un temps si loin, chaque recoin recèle une trace, le toboggan et le tourniquet, la passerelle, au dessus du canal, avec des barreaux suffisamment espacés pour y laisser passer une tête d'enfant mais pas assez au moment de la retirer, emprisonnant ainsi le garçonnet imprudent que j'avais été.

Les Bosquet, c'était aussi le parc aux daims, installé quand j'étais gamin, forêt magique où je pouvais aller donner le pain sec aux animaux, le kiosque à musique, où nous allions crier, pour jouir en nous amusant de l'effet d'écho... et tant d'autres coins, où s'attache ma mémoire.
Les Bosquets...


Spéciale décicace à Dadu Jones qui a réactivé toutes ces images, grâce à ses photos.

Spéciale dédicace également, à mes soeurs, à mon frère, à mes cousines et cousins de Lunéville qui doivent aussi avoir moult souvenirs des Bosquets.

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