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  • : Mon objectif est d'explorer l'inconnu d'une vie nouvelle, grâce, entre autres, à l'écriture. Le ton restera le même; souvent impertinent, parfois cynique mais toujours en tentant de garder ce qui nous permet encore de vivre dans ce drôle de monde, l'humour, dans tous ses états.
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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 17:21

Je suis en train de lire le livre Mots d'excuse, l'intégrale, tout ce que les parents écrivent aux enseignants, de Patrice Romain, aux éditions Michel LAFON. Des textes courts, dans leur intégrité grammaticale et lexicale, collectés par des enseignants au cours du temps.

Devant certains de ces écrits, il m'est arrivé de penser que la chose était bidonnée, pour grossir le trait et amuser le lecteur. Et puis ce matin... une collègue est venue me montrer une prose qui m'a d'abord fait rire... et finalement réfléchir.

Suite à une altercation entre élèves à l'école, et forcément sanction... les parents de D. ont dit leur désapprobation de celle-ci en utilisant le carnet de correspondance de leur enfant.

D'abord, quelques lignes, livrées telles quelles, de la maman...

Madame,

Si W. laisser tranquille D. et L. il cracherais pas et il le bouscurais pas. même pendant les vacannces au petite-parc il cherche toujour L. ET D et les autre

lui à toujour raison ?

... suivies d'un mot du papa

Madame

Je ne donne pas raison A mon fils D. pour les crachas Mes ces camarade ne son pas des Saint. Tous ètè _ D. etait le Bouquet Misière _ alors sa devait arrivée Il ce deFents sourtout W. (... ) LA surVeillance des enfants pendent LA récréation. et nécessaire.

J'ai fait LA moral a mon fils D. _ Il l'a pas le dos larges. ci_chacun m'était du siens Il n'il aurait moin de volence à L'école.

Merci A vous _

Signature

Je vous mes le N° telephone pour Me joindre _

Etc etc

J'avoue que le Bouquet Misière, tellement proche d'un bouquet de misères, me plaît bien et que je le trouve largement au dessus du reste. Pour autant, je me questionne.

Certes, les élèves de primaire passent moins de 10% de leur vie d'enfant, en moyenne sur une année, à l'école (Voir à ce propos le calcul fait par Claire Leconte, spécialiste universitaire en chronobiologie, sur la moyenne de temps passée en établissement scolaire par un collégien ou un lycéen) mais bon... tout de même, nous, enseignants, sommes en devoir de leur inculquer les bases du français parlé et écrit. Nous avons la responsabilité de 10% de leur temps de vie, ce qui, même si c'est peu, est important.

Que loupons-nous ? Qu'ont loupé nos prédécesseurs, et que, vraisemblablement, louperons ceux qui viendront après nous, pour qu'au delà des réformes réitérées à l'envi par ceux qui nous gouvernent, une part non négligeable de nos concitoyens se trouvent encore et toujours en butte à de telles difficultés orthographiques, lexicales, grammaticales... ??? Et encore, les deux mots écrits ci-dessus restent intelligibles, car il en est qui sont strictement incompréhensibles.

La société a sa part de responsabilité me direz-vous. Mais la société, c'est nous, vous, moi... et eux ! Le progrès ? Les nouvelles technologies ? La communication à outrance, souvent mise à mal par l'excès de rapidité, qui confine à la précipitation, privant ainsi tout un chacun d'un nécessaire temps de recul, de réflexion ? Vraiment, je me questionne... assez vainement, malheureusement. Je ne mets pas en cause l'honnêteté intellectuelle et l'engagement de la plupart de mes collègues ; mais nous échouons souvent, il faut le reconnaitre, si l'on considère la chose sur le long terme.

Pourtant, au jour le jour, je fais le constat d'un vrai travail pédagogique là où je travaille, en REP+. Cerise sur le gâteau, les élèves, pas tous bien sur, mais une grande majorité, nous montrent, jour après jour, leur plaisir d'écrire, leur envie de produire, leur potentiel intellectuel, leur curiosité, et ce dès le plus jeune âge, grâce, entre autre, à la bienveillance des enseignantes qui au quotidien les accueillent, les écoutent, les entendent, les aident.

Je ne jette pas la pierre aux collègues qui prennent la relève au collège, éminente difficulté d'un public brassé, issu de n écoles, d'une prise en charge d'enfants dont le corps et l'esprit changent, adolescence oblige. C'est un métier que je n'aurais jamais voulu faire. Je constate cependant, pour côtoyer ces enseignants, mes collègues, dans des réunions communes de formation, leur difficulté importante à considérer les ados avec une certaine bienveillance. Impedimenta des programmes, pression sociale de la construction d'une certaine élite, qui laissent pour compte celles et ceux qui peinent ? Je me questionne.

Alors, oui, je continuerai à rire de ces textes qui échappent à la norme, sur la forme, mais je crois intensément qu'ils disent quelque chose de notre société et méritent, au delà de l'anecdote, notre respect. Chacun pousse les cris qu'il peut. Et pour finir sur une note positive, nous pouvons nous dire, grâce à ces textes que je tords un peu plus encore, que du bouc émissaire au bouquet de mystères, il y a peu.

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commentaires

N
ça reste donc le bouquet mystère, pour le moment... :-)
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L
Et quand le bouc est mis sphere ca met en boule.
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P
Je laisse mijoter, pour un prochain post, forcément mais je sais déjà une chose, c'est que quand le bout qu'est mis, sert, j'aime bien !