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  • : Mon objectif est d'explorer l'inconnu d'une vie nouvelle, grâce, entre autres, à l'écriture. Le ton restera le même; souvent impertinent, parfois cynique mais toujours en tentant de garder ce qui nous permet encore de vivre dans ce drôle de monde, l'humour, dans tous ses états.
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16 décembre 2017 6 16 /12 /décembre /2017 16:01

Papy... Mamy...

 

Mots si doux, que je n'ai jamais pu prononcer en présence de ceux qui, via mes parents, m'ont transmis la vie.

 

Mots sucrés qui lient les extrêmes de la fratrie, emplis de la connivence entre l'enfant en devenir et l'homme sage au terme de sa vie, de la femme âgée, protectrice et complice, délivrée du fardeau éducatif pour ne céder qu'au bonheur de câliner.

 

Mots promesse de la transmission du savoir, de l'histoire familiale. Lien avec l'avant soi.

 

Mots plein de ce que m'ont raconté les grands. Mon frère, mes soeurs, qui, lui et elles, ont eu le bonheur de connaitre ces grands parents. Pas tous, car l'un d'eux n'a pu voir grandir ses enfants, emporté par la maladie il y a de cela plus de quatre-vingts ans.

 

Mots d'envie et plein d'une tristesse jalouse de n'avoir pu éprouver ce qu'est la sage affection d'un ancien.

 

Certes, j'ai connu pendant ma petite enfance, mon grand père paternel, le seul des quatre aïeux à vivre encore à ce moment là, la faucheuse ayant moissonné mes grands mères tout juste un an avant ma naissance pour la première puis un an après pour la seconde.

 

Mais ce grand père, je ne l'ai jamais appelé Papy. C'était un vieux monsieur, d'une insondable tristesse. Vieux monsieur quasi statufié, mégot aux lèvres, presque immobile en lisant L'Est Républicain, le journal régional. Lorsqu'il bougeait, fatigué par la vie, il se mouvait au ralenti, à petits pas. Je ne l'ai jamais appelé Papy.

 

Je n'allais pas vers lui. Il ne venait pas vers moi. Pas de souvenirs d'embrassades, de sourire, de tendresse. Pourtant, je sais qu'au delà de la cuirasse forgée par une vie de labeur et de malheur, il y avait au fond de lui cette humanité, cette empathie. Là encore, les récits familiaux en témoignaient. Vieux monsieur éreinté, dont l'énergie et l'envie de vivre baissaient à mesure du temps.

 

Il n'était pas Papy. Il était Pépère. Rugosité du terme, dureté de l'homme. Assis. C'était un grand père assis. Je réalise maintenant que les rares souvenirs que j'ai gardés de lui sont ceux là. Un grand père assis, ou se déplaçant très peu, trop peu, pour venir prendre son repas avec nous, les enfants et leur mère, sa bru, seule. Chagrin pétrifié, intériorisé, qui le rendait presque mutique, et sombre, le plus souvent.

 

Jamais une promenade au jardin, jamais une explication sur ce qui avait été son métier, ébéniste. Pourtant, avec l'or qu'il avait dans les mains, avec ses outils qui me fascinaient, il aurait pu dire les choses, nous apprendre. Mais rien. Rien sur sa vie. Il ne bougeait pas. Il ne parlait pas. Il attendait. J'ai mis du temps à comprendre cela, ou plus exactement à comprendre pour pouvoir l'accepter, sans jugement.

 

Papy... Mamy...

 

Mots que j'aurais tant aimé dire, en prenant dans mes bras ces boules de tendresse que doivent être les grands parents. Je ne saurai jamais ce plaisir. Je peux l'imaginer, seulement. Je n'aurai jamais connu le bonheur d'écouter une histoire lue par un vieux sage au visage labouré de rides, une chanson fredonnée par une vieille dame qui sent bon le parfum léger et le gâteau qui cuit au four. Je peux l'imaginer... mais l'image construite n'est pas le souvenir. L'image est virtuelle, le souvenir, vivant, ancré dans le concret de l'expérience vécue.

 

Papy... Mamy...

 

Je ne vous ai pas connus, ou si peu, si mal... cependant, vous me manquez terriblement.

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commentaires

L
Je te souhaite qu'une chose mon pépère c'est de devenir Papy.
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P
Merci mon bon. Patience et longueur de temps... et le désir s'accroit quand l'effet se recule ! Donc il est permis d'espérer...