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  • : Mon objectif est d'explorer l'inconnu d'une vie nouvelle, grâce, entre autres, à l'écriture. Le ton restera le même; souvent impertinent, parfois cynique mais toujours en tentant de garder ce qui nous permet encore de vivre dans ce drôle de monde, l'humour, dans tous ses états.
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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 17:40

En ce bel après-midi printanier, je faisais quelques courses, histoire de ne pas laisser mon mon beau corps d'athléte s'étioler.

N'ayant pas vraiment l'envie de me mêler à la glèbe en surnombre des marchés dits hyper du samedi, j'avais choisi le petit supermarket du coin, quitte à payer mes denrées quelques centimes de plus. Ma tranquillité valait bien ce surcoût.

Ayant le dos un peu fatigué et bien que ne nécessitant pas l'achat d'une foule de choses, j'avais opté pour mettre ces dernières dans un caddy de taille raisonnable. De toute façon, les allées du supermarket ne permettaient pas, de par leur largeur, d'y circuler en chariot 4X4 mode Cheerokee. 

Ainsi, déambulant dans les rayons au gré de mes modestes besoins, je croisai d'autre clients, qui, comme moi, venaient là plus par nécessité que par la compulsion dépensière de fin de semaine.

Le fond de mon caddy, bien trop grand pour ce dont j'avais besoin, était maintenant garni des quelques articles dont la destination était d'apaiser mon appétit, frugal certes, mais récurrent. Il me manquait un peu de concentré de tomate pour préparer quelques beaux petits champignons à la grecque acquis peu avant. Je me régalai déjà virtuellement.

Un virage à gauche, en toute quiétude, donc sans faire crisser les roulettes, et je me retrouvai dans le rayon ad hoc. Au milieu de l'allée, un pauvre hère. Pour être plus précis encore quand j'évoque le milieu de l'allée, imaginez le milieu parfait, en latitude et en longitude ; à égale distance du début et de la fin, à égale distance du rayon gauche et du rayon droit.

En conséquence, le passage avec mon caddy, même de taille raisonnable tenait de la difficulté. J'ajoute que le quidam faisait ses courses avec son propre caddy, sac de toile noire, au dessus de deux triplettes de roulettes. La chose complétait l'encombrement.

Il se tenait debout, immobile, apparemment songeur. Bien que m'ayant vu, aucune réaction à mon approche qui aurait dû l'inciter à s'écarter un peu en déplaçant son caddy. Je n'ai pas la prétention d'être l'homme le plus important du monde mais je me dis qu'une once de civilité sied bien dans ces moments où l'on croise son prochain. Je mets d'ailleurs en application ce précepte très régulièrement, ce qui améliore grandement les relations interpersonnelles, même avec les adeptes des politiciens crapules.

Bref, je m'avançais, en tirant le chariot. Arrivé à quelques pas du statufié, puisqu'il n'avait toujours pas compris que mon désir le plus intense du moment était de passer outre lui, je me fendis d'un "excusez-moi" tout en continuant à avancer.

L'homme fit un mouvement insuffisant pour que je puisse continuer ma route sereinement, ne retirant qu'à peine son propre caddy. Pris dans ma marche, je tentai tout de même de me faufiler dans l'espace qu'il m'avait si généreusement imparti, entre lui et le rayon à ma gauche. Je pus passer, mais le caddy, tiré dans ce sens, se mis de guingois. La poignée, à hauteur du troisième rayonnage, mit en branle une série de boites de conserve qui elles même poussèrent d'autres boîtes qui à leur tour dérangèrent le bel agencement des autres produits alignés et enfin, par ce jeu de dominos, fit choir dans un retentissant "POTCH !" deux bouteilles de sauce tomates.

Compte tenu de la hauteur, en plus du bruit qui me fit sursauter, au moment de l'éclatement du contenant en verre, le bas de mon pantalon fut maculé de rouge à la senteur provençale. Encore pris par la surprise de l'incident, j'eus le temps te percevoir quelques mots de l'indécis ramolli du rayon... une sentence. "Ben bravo !" lâcha-t-il. J'en restai coi ! Certes, c'était bien moi qui avait engendré la chute et le bris des deux récipients, mais s'il en était ainsi, c'était bien parce que l'homme croisé avait réagit à la vitesse de l'aï pour bouger, le tout avec une célérité de compréhension proche de zéro. Il avait tout de même réussi à me lâcher ça ! J'en étais cloué sur place, sidéré.

Je passai ma route, allai prévenir la caisse centrale de ma bourde et repris ma quête car il me manquai toujours le Graal tant recherché. Je bougonnais, très agacé.

Arrivé à la caisse pour m'acquitter des achats, je le vis devant une caisse dont le panonceau indiquait la fermeture. Il se tenait au milieu du passage, là encore. Il devait avoir une prédilection pour ce type de situation topologique. Mais en l'occurrence, il semblait bien démuni, hésitant entre la caisse maintenant fermée et celle d'à côté, ouverte mais avec déjà une file conséquente de clients qui attendaient.

Moins pris dans ma préoccupation consumériste puisque j'avais enfin tout ce qui manquait à mon bien-être, je l'observai. Je réalisai alors qu'à l'instar du Doudou-Lapin de l'histoire, il n'était pas tout à fait comme tout le monde. Il n'avait pas les oreilles molles ni la langue qui pendait hors de la bouche, pas plus qu'il ne bavait mais un imperceptible détail dans son regard me fit comprendre sa différence. Ses yeux filaient très discrètement en amande. Son attitude un peu désemparée complétait l'analyse.

Je me dis que j'avais de la chance d'être comme j'étais et que ce "ben bravo" était finalement bien peu de choses.

 

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