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  • : Mon objectif est d'explorer l'inconnu d'une vie nouvelle, grâce, entre autres, à l'écriture. Le ton restera le même; souvent impertinent, parfois cynique mais toujours en tentant de garder ce qui nous permet encore de vivre dans ce drôle de monde, l'humour, dans tous ses états.
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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 09:04

Cinq à sept au mètre carré. Pas un bruit si ce n'est celui des moteurs. Serrés les uns contre les autres, personne ne parle. Pas de parole, des souffles. Uniquement des souffles. Respiration endormie de celui qui est là depuis le départ et somnole, respiration haletante de l'essoufflée retardataire, respiration rauque du grippé en instance, respiration chargée de l'aviné... tout se mêle. Une fragrance, plus une autre, et une autre encore. Fleurs, épices, sueur, haleines, potpourri de ce que le monde peut produire. Du parfum, on passe à l'odeur. Ajouté à cela cet air confiné malgré les aérations. Cet air si particulier des souterrains urbains, relents de terre humide et de matériaux industriels, senteurs électriques. Nous sommes blottis les uns contre les autres. Intimité contrainte. Le dos de l'un écrase le bras de l'autre, les pieds cherchent une place. Exercice d'équilibre. Les mains se frôlent et s’évitent, trouver à se tenir. Eviter la chute ? Non, elle est impossible tant la compacité des corps l’en empêche. Non ! Esquiver le contact des peaux car l’autre est inconnu, étranger, hostile peut-être ? Les vêtements font rempart, parfois les gants aussi, mais la chair nue, la mienne contre la tienne… Masse humaine protéiforme, mouvant au gré des arrêts et départs. Masse humaine hétérogène, bien que compacte. Masse humaine qui se défait puis s'agrège à nouveau, selon ceux qui descendent ou montent. Masse passive et pourtant en mouvement perpétuel. Le renouvellement de la charge humaine vomie à chaque arrêt comble instantanément le vide. Challenge, peut-on accroitre la densité du moment ? Le voyageur impatient gave la rame. Il jauge, hésite, puis force. Electron supplémentaire qui s’invite dans l’atome humain. On frise la catastrophe ; puis l’ordre revient. Chacun trouve à nouveau une place, plus réduite, plus ténue, mais une place. Le poids d'une journée de travail se lit sur un visage. Celui de la tristesse sur un autre. Ici une inquiétude, là une hébétude. Quand ils sont ouverts, les yeux regardent mais ne voient pas. Visages ternes, fatigués, refermés sur la vie intérieure. Des centaines d'yeux, des milliers de pensées muettes. On devine, on suspecte, on imagine. Jamais on ne saura. Et toujours ce silence bruissant uniquement de la rame qui cours d'une station à l'autre. Le métro me dépose enfin à Montparnasse Bienvenue. Qu'il est doux de vivre en province...

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