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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 21:35

100 ans...

Célébrations en tous genres sur cette saloperie de première guerre mondiale.

Etant gosse, je n'ai pas eu la chance de bien connaitre mes grands parents, partis ou bien trop tôt, ou juste avant ma naissance, ou juste après. De fait, je n'ai connu qu'un seul grand père, on l'appelait Pépère.

Veuf, il était triste, quasi mutique. Je n'ai pas eu le temps de me souvenir d'un sourire, il est parti trop tôt lui aussi. Trop tôt pour que je puisse écrire ma propre histoire, forcément imprégnée de la sienne.

Je savais qu'il avait fait cette guerre que l'on dit grande. Je le savais comme on sait, intuitivement. Je le savais, non de sa bouche, mais des livres feuilletés chez lui, pendant qu'il lisait le journal, de son côté. Je le savais aussi, grâce à mon père. Ce dernier m'avait appris que son propre père, engagé volontaire, s'était rebiffé, comme bien d'autres. La rébellion s'était soldée, non par un peloton d'exécution, mais par Biribi.

Pour le gosse que j'étais, Biribi avait pris une étrange connotation, hors du temps et de l'espace. Biribi était LA punition de mon grand père. Ce mot est ancré en moi, comme le nom des camps où le fils de Pépère a été déporté. Terrible vie pour eux, terrible héritage pour nous, enfants et petits enfants.

Biribi... je n'en ai pas entendu parler au moment de se souvenir. Je ne jalouse pas la mémoire des pauvres gars passés par les armes, je regrette jusque que n'aient pas été cités aussi tous ceux qui ont été envoyés dans ces bataillons disciplinaires d'Afrique du Nord. Biribi et ses sévices, dont celui de la tente plantée en plein soleil juste au dessus d'un soldat puni, très près du corps, pour que l'effet four soit patent. Cette torture n'était pas la seule, mais mon Pépère l'ayant vécue, elle prenait une acuité particulière pour le gamin que j'étais.

Biribi rime avec saloperie... aussi ! Celle des supérieurs zélés, inhumains jusqu'au trognon.

En souvenir de ce qui s'est passé et hommage, je vous dédie, à toi, mon grand père trop peu connu, à toi mon père, à vous tous les hommes martyrisés ici et là, il y a longtemps et aujourd'hui, cette chanson politiquement incorrecte, d'Aristide Bruand

A Biribi

Y''en a qui font la mauvaise tête au régiment
Les tires-au- cul ils font la bête inutilement
Quand ils veulent plus faire l'exercice et tout l'fourbi
On les envoie faire leur service à Biribi à Biribi

A Biribi c'est en Afrique où qu'l'plus fort
L'est obligé d'poser sa chique
Et de faire le mort
Où que l'plus malin désespére de faire chibi
Car on peut jamais s'faire la paire à Biribi à Biribi

A Biribi c'est là qu'on marche faut pas flancher
Quand l'chaouche crie "en avant marche" il faut marcher
Et quand on veut faires ses épates c'est peau d'zébi
On vous met les fers aux quat' pattes à Biribi à Biribi

A Biribi c'est là qu'on créve de soif et d'faim
C'est là qu'il faut marner sans trêve jusqu'à la fin
Le soir on pense à la famille sous le gourbi
On pleure encore quand on roupille à Biribi à Biribi

A Biribi c'est là qu'on râle qu'on râle en rude
La nuit on entend hurler l'mâle qu'aurait pas cru
Qu'un jour y s'rait frocé d'connaitre Mamzelle Bibi
Car tôt ou tard il faut en être à Biribi à Biribi

On est sauvage lâche et féroce quand on r'vient
Si par hasard on fait un gosse on se souvient
On aimerait mieux quand on s'rappelle c'qu'on subit
Voir son enfant à la Nouvelle qu'à Biribi qu'à Biribi

IN MEMORIAM
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