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  • : Mon objectif est d'explorer l'inconnu d'une vie nouvelle, grâce, entre autres, à l'écriture. Le ton restera le même; souvent impertinent, parfois cynique mais toujours en tentant de garder ce qui nous permet encore de vivre dans ce drôle de monde, l'humour, dans tous ses états.
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14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 07:00

Dix-huit heures sonnent. Fin de printemps, ciel hésitant entre nuages épars et gloires d'un soleil timide. L'air est frais, la brise discrète. Déjà la mi juin mais la chaleur tarde. Paris. Quais de Seine. Nous déambulons le long du fleuve, un peu fourbus mais heureux d'une journée bien remplie. Un rayon perce le gris, nous réchauffe. Nous marchons lentement, flânerie de fin d'après-midi. Une note nous parvient du lointain, puis une autre, discrètes, à la limite de l'audible. A mesure de notre approche, le son s'intensifie. La musique est maintenant claire, le genre reconnaissable. Il invite à la danse.

Nous avançons pour découvrir un petit amphithéâtre de pierre, creusé à même le quai. Hémicycle de poche qui flirte avec l'eau. Il y a du monde. Assis ça et là sur trois rangs de gradins en granit. Il y a du monde. Sur la piste, debout. Les premiers regardent les seconds qui dansent. Nous aussi, nous nous tenons debout, en haut de l'édifice, sans bouger, pris par le spectacle. En contrebas, au delà des spectateurs immobiles ou presque, les corps se meuvent au rythme suave d'un tango argentin.

Ils sont assez nombreux, quinze couples, peut-être vingt. De tous âges, de tous bords. Baskets ou talons hauts, ballerines ou escarpins. T-shirt ou chemisier, corsage coloré sur longue jupe fendue ou robe assez discrète, presque commune. Les yeux sont bien fardés ou juste soulignés d'un léger trait de khôl. Lèvres couleur de fraise ou bien à peine roses. Mèches qui volent au vent ou captés en chignon, délicatement tressées ou libres comme l'air. Les messieurs ne sont pas en reste. Les tenues différent également. Les allures aussi, diablement. Patchwork vestimentaire. Mais cheveux bien peignés ou toison en bataille, qu'importe, ils dansent. Tous. Les uns pour paraitre, en tout cas il nous semble. Les autres... juste pour être.

Les premiers, chatoyants, sourire offert, dents qui étincellent aux rais de la lumière, mouvements maitrisés, qualité de la danse, mais excessifs, tellement excessifs. S'ils bougent avec aisance, de façon esthétique, le langage du corps devient grandiloquent. On les regarde un peu, comme on le fait aussi pour un feu d'artifice toujours époustouflant mais pourtant si fugace. Ce n'est pas de ceux-ci que l'on se souviendra, ou bien si peu, comme d'un éblouissement si vite disparu.

Les autres... ahhh, les autres. Ils ne dansent pas, ils sont la danse. Deux corps en mouvement, si proches l'un de l'autre, si parfaitement synchrones, si symbiotiques. Ils ne font plus qu'un. Fusion charnelle, collés l'un contre l'autre, chimère à quatre jambes qui ondulent au rythme du tango. Ils tournent, avancent, virevoltent sur le granit froid, se frôlent ou s'étreignent avec une aisance sidérante, un rythme parfait, une grâce infinie. Fascination. Seul ce mot convient pour dire ce qu'ils sont, pour dire ce que nous ressentons.

Elle, avec des jambes joliment fuselées qui dessinent dans l'espace des sinuosités d'une souplesse absolue, d'une grande beauté. Lui, le pas précis, guide sa cavalière. Visage fermé ; non, pas fermé... concentré, en lui même. La tension marque son corps, il doit être précis, assurant le mouvement, rassurant sa partenaire. Ils communient sans bruit, se fondent l'un à l'autre. Le front contre sa joue, les yeux clos, elle se laisse porter, emporter dans de suaves arabesques, arrêtées parfois le temps d'une seconde, pour mieux recommencer.

Petit, malingre, rond ou bien grand échalas d'allure dégingandée, qu'importe ; bien mis ou mal fagotés, ils dansent, oubliant le monde qui les entoure, faisant quasiment fi des couples alentours. La danse les habite, il sont sur une autre planète, où le bandonéon est le souffle du vent, celle où la contrebasse est le rythme du cœur. Leur âme est argentine. Le tango les transcende. Ils sont beaux, merveilleusement beaux.

Spéciale dédicace à Marion du bout du monde que je remercie de nous avoir accueillis et fait connaitre ce superbe moment.

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